December 10, 2011

La fin des nations

Yann Redekker


Europe Maxima
Article de Georges Feltin-Tracol publié le 24 avril 2011

La_fin_des_nations_livreHistorien courageux qui n’hésite pas à braver les interdits médiatiques parce qu’il ose enquêter sur le crypto-communisme de Jean Moulin, l’influence persistante des réseaux soviétiques en France ou les amours coupables entre le communisme et la national-socialisme, Thierry Wolton dérange et scandalise. Dans La fin des nations, il continue à bousculer les vaches sacrées de notre médiocre époque en s’en prenant cette fois-ci à la nation, bravant les foudres communes de la gauche républicaine et de la droite nationale.

Pour Thierry Wolton, « les nations sont […] condamnés à disparaître à plus ou moins brève échéance, selon le degré d’intégration à la mondialisation de chaque pays ». Cette disparition s’inscrirait dans une évolution inéluctable, car « la nation a correspondu à un moment du développement économique, politique et culturel des sociétés humaines qui est aujourd’hui caduc ». Pour lui, la nation représente un « concept temporaire et non éternel […qui] s’apparente à une utopie qui existe tant que les hommes y croient ». Il observe qu’« à l’échelle des siècles, les nations sont aussi éphémères, et même davantage, que les empires ou les idéologies ».


Fort logiquement, il estime que « le nationalisme est une idéologie de la collectivité qui sied au totalitarisme ». Après la nation et le nationalisme, il critique aussi l’État-nation qu’il définit d’une manière originale. Il serait le « lieu où s’opère la synthèse du singulier et de l’universel, du particulier et du général. Pour remplir cette fonction, il oblige l’individu, devenu citoyen, à se fondre dans les masses, à devenir cet être universel qu’il prétend, lui, représenter ». L’État-nation est le produit d’une confusion. « Si la nation, écrit-il, s’est voulue fondée sur la souveraineté du peuple, elle a fini par se confondre avec l’État qui, confisquant le pouvoir au profit d’une élite politique et intellectuelle, a transformé le cadre national en une nouvelle servitude pour l’individu alors que son projet initial était de l’affranchir de l’absolutisme. L’État-nation a fini par prendre le pas sur la démocratie, garante des libertés individuelles, en cantonnant le citoyen à la passivité, sauf pour solliciter son vote ». À partir de ce constat, il pense que « le clivage essentiel ne se situe pas entre les conceptions française, allemande, ou même américaine de la nation, mais dans le rôle dévolu à l’État dans le cadre national. »

Wolton croît dès lors que « le vrai choc des civilisations opposerait plutôt les sociétés qui sont déjà sorties du cadre de l’État-nation et dont les valeurs se répandent sur le reste du monde, aux pays qui souhaitent au contraire sauvegarder leur cadre national et leurs spécificités comme rempart à cette “ invasion ” ». L’« invasion » se réalise d’ailleurs sous deux manifestations qui bénéficient de l’indulgence de l’auteur : la mondialisation et le retour des identités (vernaculaires et immigrées). Elle bouleverse profondément l’étatisme culturel des nations. « Le multiculturalisme remet en cause la priorité de l’appartenance à l’État-nation en reconnaissant que d’autres appartenances ethniques ou culturelles peuvent l’emporter au sein de cultures subnationales ». C’est un symptôme de la crise aiguë qui atteint le cadre stato-national. Il va de soi que « le dépérissement de l’État-nation favorise un renouveau des cultures locales oubliées, ou anéanties, au bénéfice d’une identité culturelle nationale. Ces (re)découvertes encouragent une multiplicité de comportements et d’expressions qui avaient disparu sous la coupe égalitaire du nationalisme ». Bref, on assiste à l’agonie de l’État-nation ! D’autant qu’« il est de toute manière condamné à disparaître : il ne correspond plus aux besoins de l’individu mondialisé qui veut être le protagoniste de sa citoyenneté, le maître de son propre destin ».

Qu’on ne se méprenne pas ! Thierry Wolton n’est nullement un tenant du régionalisme ou un chantre de l’ethnisme, car il verse lui aussi dans une autre utopie qui est tout autant fantasmatique que mortifère pour les peuples et les personnes : l’État mondial. « Nous avons la chance de vivre entre deux mondes, entre la fin prévisible de l’État-nation et l’avénement promis d’un État-monde. C’est sans doute la meilleure des époques, celle où tout est possible, où rien n’est figé, ni certain. » Ignorerait-il que le mondialisme, l’idéologie de l’État universel, relève d’un totalitarisme nouveau et insidieux, bourré de bons sentiments moraux ? La charge de La fin des nations est excessive. Le monde est beaucoup plus complexe qu’on ne le croit. L’État-nation s’efface, car il a fait son temps. Une nouvelle forme politique devient visible : l’ensemble continental subsidiaire européen.

 www.voxfnredekker.com/archives/2011/04/28/21005225.html

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